La réindustrialisation : un mirage français ?

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Il y a quelque chose de profondément paradoxal dans notre situation : jamais la réindustrialisation n’a autant occupé le devant de la scène et pourtant jamais elle n’a semblé aussi difficile à réaliser. Le débat public la porte aux nues, les déclarations politiques se succèdent, mais le pays continue de payer les conséquences de décennies de renoncement, de fragmentation et de dépendance accrue vis-à-vis de l’extérieur, au mépris de la destruction de milliers d’emplois nationaux .

En France, l’emploi industriel représente moins de 10 % du total des emplois ; la part de l’industrie dans le PIB est de 13,4 % contre 25,5 % en Allemagne et 19,7 % en Italie (France Stratégie).

L’urgence est triple : économique, bien sûr, dans un monde où la compétition ne cesse de s’intensifier ; sociale, par les emplois que représente ce secteur, mais aussi culturelle. Car l’un des obstacles majeurs ne tient pas seulement aux coûts, aux normes ou au foncier. Il tient au regard que la nation porte sur l’usine. Pendant trop longtemps, l’industrie a été reléguée au rang des vestiges. Aujourd’hui, parce qu’elle est robotisée, numérisée, décarbonée, elle mérite d’être reconnue comme le moteur de souveraineté qu’elle n’aurait jamais dû cesser d’être.

Il nous faut une véritable stratégie industrielle, claire, stable, assumée. Sans cela, les décisions resteront lettre morte. L’industrie exige de la vision, de la cohérence, un horizon partagé entre l’État, les entreprises ,les territoires et les partenaires sociaux.

Réindustrialiser, c’est aussi accepter de bousculer nos certitudes sociales. Non pas pour affaiblir les protections — ce serait une erreur grossière — mais pour rendre possible un modèle où la formation continue, l’attractivité des métiers et la modernisation du travail deviennent des priorités. La question est  de faire mieux avec intelligence (et pas seulement artificielle).Là est tout l’enjeu du dialogue social.

Quant aux politiques récentes en faveur d’une industrie plus verte, elles vont dans le bon sens. Mais ne nous trompons pas : elles ne constituent qu’un premier pas. Elles devront s’inscrire dans un cadre plus large, plus ferme, plus structurant. L’industrie verte n’est pas une politique industrielle en soi ; c’est l’une de ses composantes.

Et puis, rien ne se fera sans l’instauration d’un véritable dialogue avec les partenaires sociaux : trop longtemps notre pays a souffert d’une grande faiblesse sur le sujet par manque d’acteurs suffisamment solides pour structurer les relations. Sur ce terrain, il n’y a pas besoin de miracle , simplement de volonté.

Dans ce moment charnière, nous avons le choix : continuer de déplorer le déclin, ou accepter enfin d’en sortir. Nous possédons les talents, les technologies, l’histoire et les hommes et les femmes nécessaires. Il nous appartient de mettre à l’unisson vision, action et culture.

La réindustrialisation n’est ni un rêve nostalgique ni un slogan politique. C’est une promesse : celle d’un pays qui reprend le contrôle de son avenir, qui choisit d’innover, de produire, de transmettre, de former et d’employer. Un pays qui décide de redevenir maître de sa destinée industrielle.

S’il sait tenir cette promesse, notre pays n’aura pas simplement créé des usines, il aura redonné confiance dans l’avenir.

Jean-Marc LENGLART

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